L'erreur numéro un : partir du prix des autres
Regarder ce que « les autres » facturent est le pire point de départ : vous ne connaissez ni leurs coûts, ni leur temps, ni s'ils sont eux-mêmes rentables. Beaucoup s'alignent sur des prix… déjà trop bas. Résultat : tout le monde se sous-paie en se regardant. Partez plutôt de vos chiffres.
La formule de base
Un prix de vente sain couvre trois choses, plus une marge :
- Le coût des matières (laine, argile, métal, emballage… tout ce qui part dans la pièce).
- Votre temps, valorisé à un taux horaire que vous vous fixez (votre travail a une valeur — ne le comptez pas à zéro).
- Une part de vos frais (outillage, énergie, abonnements, stands de marché, commissions éventuelles).
À retenir : un point de départ simple → (matières + (temps × taux horaire) + part de frais) × coefficient. Le coefficient (souvent entre 1,3 et 2) absorbe les imprévus, les invendus et votre rémunération d'entrepreneuse, pas seulement d'ouvrière.
Comptez VRAIMENT votre temps
C'est là que tout se joue. Chronométrez une fabrication réelle, du montage à la finition — vous serez surpris. Un amigurumi, un collier, une pièce tournée demandent souvent bien plus d'heures qu'on ne l'estime « au feeling ». Se payer 3 € de l'heure n'est pas un prix « accessible », c'est une activité qui vous appauvrit.
Assumez la valeur du fait main
Vos clients n'achètent pas un objet interchangeable : ils achètent une pièce unique, une histoire, un savoir-faire, une personne. C'est exactement ce qui justifie un prix plus élevé qu'en grande surface. Sous-évaluer vos prix envoie le message inverse — « ce n'est pas si précieux ». Un prix juste valorise votre travail aux yeux de l'acheteur.
Le prix psychologique et l'affichage
- Proposez idéalement plusieurs gammes de prix (petites pièces accessibles, pièces signatures) pour que chacun trouve sa porte d'entrée.
- Un prix rond et assumé vaut mieux qu'un prix « bradé » qui inquiète.
- Affichez des frais de port clairs : les mauvaises surprises au paiement font abandonner le panier.
Révisez régulièrement
Vos prix ne sont pas gravés dans le marbre. Quand vos matières augmentent, quand vous gagnez en notoriété, quand une pièce part en quelques minutes à chaque sortie : c'est le signal d'une révision à la hausse. Mieux vaut ajuster par petits pas réguliers que par grands sauts brutaux.
En résumé : partez de vos coûts (matières + temps réel + frais), appliquez un coefficient qui vous rémunère vraiment, proposez plusieurs gammes, et assumez la valeur du fait main. Un prix juste est celui qui vous permet de continuer à créer.
Cet article donne une méthode générale ; adaptez-la à votre activité et à votre régime fiscal (la TVA, si vous y êtes assujetti, s'ajoute au calcul). En cas de doute sur vos obligations, rapprochez-vous de votre Chambre de Métiers et de l'Artisanat. Information générale qui ne remplace pas un conseil adapté à votre situation.